Vendredi - 30 janvier

Depuis tôt ce matin, Pascal s'acharne sur sa moto. Elle est en panne parce que le cylindre est rempli d'huile, ce qu'il a découvert quand il a enlevé le capuchon et que ça a giclé partout. Je pense que l'hôtel n'a pas trop aimé voir cette grosse flaque d'huile sale qui se répandait par terre au garage. En tout cas, c'est un bricoleur compétent et à midi il a fini – la moto marche! Et nous voilà partis! Il n'y a que 50 kms. pour arriver sur le site. On va vraiment y arriver ?

Toujours fidèle à moi-même depuis que cette histoire désastreuse a commencé, je suis absolument convaincu qu'on n'y arrivera jamais. Si l'autobahn est couvert de neige, qu'en est-il des petites routes aux alentours? Quoiqu'il en soit, on arrive à Thurmansburg et nous cherchons les panneaux promis par les organisateurs. Aucun. Eh oui, les routes sont complètement bloquées par la neige. Au secours! Au bout d'un moment, le facteur apparaît et nous mène au village de Solla. Actuellement, on fait équipe avec un groupe d'italiens. Pascal se débrouille en anglais, français et espagnol. Je me débrouille en anglais, un peu en français et encore moins en allemand. Les italiens se débrouillent en... eh bien... en italien. Ce n'est pas évident de se mettre d'accord sur un plan à suivre.

Enfin on voit des signes de vie à Solla. On se gare pour pouvoir reconnaître les lieux et nous suivons une petite route pour voir si elle est faisable. On décide que oui et on retourne vers nos motos. Juste au moment où un allemand fou sur une trial me regarde droit dans les deux yeux tandis qu'il quitte la route, passe par-dessus le bourrelet de neige au bord de la route et se plante dans une congère qui fait plus d'un mètre. Il a beuglé de façon convaincante, quelque peu musicalement. Au bout d'un moment, je me suis dirigé vers lui comme j'ai pu; j'ai arrêté son moteur et j'ai l'ai libéré d'en dessous de sa moto en tirant celle-ci vers le haut. Je ne peux pas rentrer chez moi, dis?

 

Camp site
Le site du camp, souligné en jaune
Les coordonnés GPS sont: N48 48.136° E13 18.858°

Nous apprenons que le camp se trouve sur une pente bien raide. Avec des tonnes de neige. Malheureusement, il nous faut nous garer à une certaine distance, mais qu'est-ce que ça peut faire? On est là! Ca nous prend le restant de la journée pour descendre la moitié de la pente tout en tombant et pour aplatir un coin en tassant avec les pieds. On y jette de la paille et on monte les tentes. Enfin! C'est pour ça qu'on est venu.

Il y a toutes sortes de gens. Des crâneurs en cuir qui brille, des genre Hell's Angels habillés; en jeans sales et rapiécés, de partout: l'Allemagne, l'Italie, la Russie, la Grande Bretagne, l'Espagne, et la Biélorussie (cherchez Minsk dans un atlas comme il a fallu que je fasse moi!) et d'ailleurs. Mais il y un facteur commun: tout le monde est sympa. On m'a passé une bouteille de Schnaps pour que j'en boive un coup alors que je me promenais sur le site. Je voulais faire du café en me servant de ma "Volcano Kettle" mais l'eau dans ma gourde était gelée.

On voit clairement que beaucoup de personnes arrivent en véhicules à quatre roues, s'arrêtent à quelques kilomètres de là et ne font de la moto que pour le dernier bout. Ca, c'est de la super triche: le défi du voyage est tout aussi important que le Rallye en lui-même. Quoique . . . ça veut dire qu'ils peuvent amener des motos conçues pour s'amuser sur la neige et la glace. Une petite mais puissante 2 temps avec des chaînes pour la neige nous fait délirer. Mais elle est vraiment bruyante, et son conducteur a envie de la faire rugir toute la nuit. Il la fait longuement et bruyamment tourner, ce qui sollicite des applaudissements et des cris d'appréciation venant de l'autre côté de la vallée, tout comme le spectacle de feux d'artifice.

 

 

 

Un petit tour à l'Imbiss, histoire de manger une gulaschsuppe bien chaude et épicée; et de boire de la bonne bière allemande et après, au lit - l fait déjà -7°C. On ne peut pas dire que c'est une nuit tranquille – on fait tourner des moteurs, on fait partir des feux d'artifice, les Italiens se parlent en yodlant à travers la vallée – je me rends compte que la langue italienne n'est pas une langue feutrée. Et quand je pense comme j'avais aimé mon séjour à Venise l'automne passé. Tout le monde (je ne peux pas insister assez là-dessus) est tellement sympa - l'ambiance est super. Ainsi, me voici bien au chaud dans mon sac de couchage douillet dans une tente bien isolée– et je suis là!

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